Pour la nième fois, je me retrouvais mardi soir dernier, mais au premier rang cette fois, devant l'extra terrestre de la guitare, ce bon et souriant Pat, au Fémina de Bordeaux pour deux heures et demie d'un voyage que je n'oublierai pas de si tôt; ça commence plutôt bien puisque je retrouve mon guitariste avec le son magique et le phrasé inimitable, dans un exercice qu'il connait bien et qui consiste à jouer tout seul les jolis thèmes qu'il a concoctés pour ses divers partenaires. Il faut dire que, devant un taps orange pisseux, se trouvait un étalage digne de figurer au B.H.V. ou dans l'antre du Dr. Frankenstein, fait de marimbas et vibraphones auxquels il avait adjoint une mécanique de marteaux télécommandés, ressemblant à des instruments de torture figurant dans une pièce d'aveux spontanés. Au bout d'un moment, se mit en marche une espèce de "charley" minuscule et luminescente ressemblant plutôt au robot de "STAR WAR" qu'à un accessoire de batterie... Je craignais le pire. C'est là tout le génie de notre missourien : il commençait doucement et avait décidé de monter en puissance puisqu'un moment plus tard, le stap pisseux se soulevait et nous laissait pantois devant ce bric à brac qui montait jusqu'aux cintres au risque de réveiller le pompier de service qui dormait du sommeil du juste. Il y avait de tout, des "micellaneous" genre brésilien aux grosses-caisses, cymbales et tumbas diverses, le tout actionné électroniquement au gré des interventions millimétrées de leur concepteur, aidé par une équipe invisible dans les coulisses. Le pire n'arriva pas et notre Professeur Nimbus se lança dans une démonstration technique dans laquelle on était heureux de retrouver le grand guitariste qui avait enchanté nos jeunes années; à 50 piges passées ce gamin restait surprenant tant par son aisance, sa générosité, son attention soutenue au déroulement harmonieux de tout ce qui fonctionnait préalablement programmé et ses improvisations toujours aussi brillantes. 2 heures 30, seul sur une scène avec son attirail pour seul partenaire, il fallait le faire et je m'incline profondément sur sa capacité mnémonique dont n'est jamais ressortie une seule faille, mis à part, les quelques prises qui avaient décidé de jouer la cessession, très vite remises à leur place sans que notre héros ne succombe à une seule défaillance. Au bout de deux heures, une envie pressante me fit me tortiller sur mon siège délicatement réparé avec des noyaux de pêche (c'est l'âge, mon pôv' mossieur) je décidais d'aller satisfaire et, revenant, je le retrouvais recroquevillé sur sa guimauve occupé à jouer, comme au début, une des jolies ballades dont il a le secret. Emerveillé, enthousiasmé avec, cependant quelques petits bémols dont le premier qui me parait irréfutable : Le swingne peut être qu'humain et si dans le binaire ou le brésilien, il était acceptable, dans le jazz ternaire je me refuse catégoriquement à l'admettre s'il est diffusé par de l'électronique; on peut essayer, avec nos logiciels Finale, Encore, Cubase ou Sibélius, de cliquer sur "swing effects", on n'y fera rien, ça ne swingue pas.Enfin, le piano ne "sonne" que sous les doigts des pianistes. Qu'on se le dise, le jazz sera toujours physique ou ne sera pas. Autre bémol : j'aurais apprécié qu'à la fin du spectacle, ce "poor lonesome cow-boy" invite son équipe à venir trouver la récompense de tant d'efforts et de professionnalisme devant la "standing ovation" d'une foule en délire. Ceci posé, je reste un inconditionnel amoureux de sa complicité avec Brad Mheldau, dans un disque récent, alors qu'il a eu des partenaires aussi prestigieux que Gary Burton, Michael Brecker, Herbie Hankok, Ornette Coleman, Charlie Haden, Chick Corea, célébré par Kurt Elling et Bob Mintzer et tant d'autres que j'oubie ou ignore. Merci encore à Barney Kessel, Jim Hall, Wes Montgomery, Joe Pass (et j'en passe) dont il est le digne successeur. Ce parfait musicien est pour moi le plus grand guitariste de notre temps et l'un des plus grands jazzmen de toute l'histoire du jazz.
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